La laïcité fait débat au Mali alors qu’un projet de nouvelle Constitution est en gestation. Des religieux musulmans sont vent debout contre la révision, au motif que la laïcité est contre l’islam, inspirée du modèle français.
« La laïcité n’est pas une opinion, c’est la liberté d’en avoir une », nous enseigne Jean-Marie. (https://www.laicite-republique.org/la-laicite-n-est-pas-une-opinion-c.html).

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Certes, le mot a connu des mutations, mais Il faut rappeler que la laïcité est antérieure à l’indépendance au Mali. Et, même sous certains empires théocratiques comme l’empire peul du Macina, il y avait la liberté de cultes. Il faut alors noter que la laïcité est dans l’ADN du Mali. Ce n’est vraiment pas une inspiration de la révolution française de 1789.
Etymologiquement, le terme « laïc » désigne « les personnes et les choses qui ne sont pas de condition religieuse (prêtres, religieux) », de la même façon que ‘’civil’’ qui signifie ceux qui ne sont pas de condition militaire. Du latin »laicus » et du grec »laikos » « commun, peuple ». Il s’oppose à »klerikos » (clerc) qui signifie les institutions proprement religieuses. Depuis l’Antiquité tardive, dans le vocabulaire de l’église chrétienne, »laicus » désigne « toute personne de la communauté qui n’est ni clerc, ni religieux, c’est-à-dire profane en matière de théologie. » En droit, c’est le « principe de séparation dans l’Etat de la société civile et de la société religieuse » ( https://www.cnrtl.fr/definition/la%C3%AFcit%C3%A9 )

Elle est contre la reconnaissance d’une religion d’Etat. Elle implique nécessairement la neutralité et l’impartialité de l’Etat à l’égard des confessions religieuses et impose l’égalité de tous devant la loi sans distinction de religion ou de conviction. Elle garantit aux croyants et aux non croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs croyances ou convictions. Dans un Etat laïc, personne ne peut être contraint au respect de dogmes ou prescriptions religieuses.
Principes et valeurs sur lesquels repose la laïcité
Elle assure aux hommes le droit d’avoir une religion ou de ne pas en avoir ; d’en changer également. Elle exclut les églises (religion) de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif et surtout de l’organisation de l’enseignement. C’est également le caractère de ce qui est indépendant des conceptions partisanes ou religieuses surtout. C’est l’impartialité de l’Etat à l’égard de toute confession religieuse. Elle garantit à tous le même droit à la liberté d’expression de leurs croyances sans avoir la crainte.
Pour Jean-Louis Bianco, le Président de l’observatoire de la laïcité, « La laïcité implique la séparation de l’Etat et des organisations religieuses. L’ordre politique est fondé sur la seule souveraineté du peuple, des citoyens, et l’Etat qui ne reconnaît et ne salarie aucun culte – ne régit pas le fonctionnement interne des organisations religieuses ».
De cette séparation se déduit la neutralité de l’Etat, des collectivités territoriales et des services publics, non de ses usagers. La République laïque impose ainsi l’égalité des citoyens face à l’administration et au service public, quelles que soient leurs convictions ou croyances. La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public ».
Philosophiquement, la laïcité signifie toute construction intellectuelle qui tend à empêcher l’emprise de toute confession sur la société, ce qui a pour conséquence de bannir l’imposition d’une religion civile par le politique tout en renvoyant les affaires spirituelles à la sphère privée.
»La laïcité entretient les religions. Les religions tuent la laïcité » Nabil Alami.
Par Judé Sogoba

